Films


Jeudi le 29 janvier en après-midi, on visionnera en gang des films ou des extraits ayant rapport avec la pièce.  Voici déjà des trailers pour vous mettre l’eau à la bouche (ou pour les regarder de votre côté si vous ne pouvez pas être là).

Trailer de Paprika, belle suggestion de Véro qui rend bien compte de l’univers mental et onirique de Wouf Wouf :

Dans ce vidéo du film Labyrinth, à 3:15, on voit (un peu rapidement…) l’héroïne retrouver en plein milieu d’un dépotoire sa chambre telle qu’elle.  Mais elle se rend compte que ce n’est qu’une belle copie de la réalité.  Cette image pourrait peut-être se retrouver d’une manière ou d’une autre dans Wouf Wouf…

Et Fritz the Cat, parce que ça marche juste trop bien avec Wouf Wouf :

Si on jouait au jeu des étiquettes des genres artistiques, la pièce de Sauvageau serait-elle romantique, expressionniste ou post-moderne ?

C’est en lisant des extraits d’un petit livre (écrit par Stephen Little…) très intéressant que j’en suis venu à cette réflexion.  …ismes : Comprendre l’art passe en revue tous les genres majeurs des arts visuels, et constitue un très bon point de départ quand vous cherchez à raccrocher une oeuvre à un mouvement artistique ayant déjà existé.

J’ai d’abord eu un flash en repensant à la peinture du Romantique allemand Friedrich :

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Voyageur contemplant une mer de nuages, 1818

Les Romantiques, en rupture avec l’idée de leurs prédécesseurs (qu’ils appelèrent les « Classiques ») que l’Homme devait être raisonné et mesuré en toute chose, clamèrent qu’au contraire l’être humain (et plus fortement l’artiste) devait laisser ses émotions et ses passions le guider.  En poussant plus loin leurs revendications, ils pensaient que l’Homme et la Nature était reliés, et que les tourments de l’un se reflétaient dans l’aspect de l’autre.  Vous n’avez qu’à relire des extraits de Chateaubriand, où la météo est complètement chamboulée lorsque le personnage principal est troublé.  Ce rapport intime entre l’Homme et le Monde est aussi central dans Wouf wouf, même si la Nature est remplacée dans l’oeuvre de Sauvageau par la Société.

L’expressionnisme est, selon Little, « un courant que l’on peut faire remonter à Van Gogh, Edvard Munch et James Ensor.  C’est l’art du malaise et de la quête de vérité.  L’image est simplifiée, déformée, brutalisée ou abstraite.  Elle renvoie avec insistance à des modèles archaïques ou infantiles, en tout cas fortement régressifs.  Les thèmes traités sont, en revanche, intimement liés à l’actualité la plus directe, la finalité de cet art étant la dénonciation de la civilisation moderne et de la société bourgeoise ».  Assez proche de Wouf wouf, non ?  Vous n’avez qu’à aller feuilleter les gros livres d’art dans les bibliothèques pour revoir ces oeuvres, comme celles de Max Beckmann, Ernst Ludwig Kirchner ou Otto Dix.  Voilà de beaux exemples :

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Les sept péchés capitaux, Otto Dix, 1933

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Tranchée, Otto Dix, vers 1918

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La Nuit, Max Beckmann, 1918-1919

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Les Artilleurs, Ernst Ludwig Kirchner, 1915

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Combats – Agonies de l’amour, Kirchner, 1915

Tout ça c’est bien beau, mais dans le fond, Wouf wouf a été écrit en 1969.  C’est vrai, il y a peut-être des relents de romantisme ou d’expressionnisme, mais on ne peut pas éviter de parler du post-modernisme.  Avec ses personnages et ses référents issus de plusieurs sources (le Père Noël, Frankenstein, Hitler, House Old Finance – Wal – Mart, Rome, la tragédie, le vaudeville, le happening, l’Église, la télévision, le couvent, le cinéma, les élections, etc.), on est ici en plein dans l’intertextualité, où Grande et petite cultures se mélangent, où les frontières entre l’Individu et la Société s’effacent.  Dans Wouf wouf, sommes-nous dans la tête de Daniel ou en face de toute la société ?  Sûrement les deux à la fois.  Et finalement, avec ce défilement intarissable de personnages et de clins d’œil à l’actualité, ça fait penser à nos bons vieux Simpsons, non ?

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P.S. Je vous conseille de jeter un coup d’oeil sur le blog All Things Beautiful pour avoir une panoplie d’oeuvres assez horrifiantes sur l’aliénation et la cruauté de nos villes et de nos politiques.  Si vous voulez avoir des idées des images mentales que peut avoir Daniel de sa société dans ses pires accès de folie…

Parce qu’écouter des films, c’est moins long et fastidieux que d’éplucher des brique sur l’existentialisme politico-artistique, voici des suggestions de films qui pourraient peut-être avoir un lien avec Wouf wouf :

  • Octobre de Pierre Falardeau, pour vivre octobre 70 aux côtés du FLQ.
  • Les Ordres de Michel Brault, pour vivre octobre 70 aux côtés des innocentes victimes des « lois des mesures de guerre » dans une sorte de docu-fiction très bien réalisé et interprété.
  • Blow Up de Michelangelo Antonioni, pour comprendre qu’est-ce que c’est que d’être un jeune photographe de mode dans les années 60.
  • Wow de Claude Jutra, un documentaire québécois de 1970 qui est devenu un symbole de sa génération.
  • Fritz the cat de Ralph Bakshi, pour les animations psychédéliques et érotiques du début des années 70.
  • C.R.A.Z.Y. de Jean-Marc Vallée, pour suivre le périple d’un jeune hypersensible en conflit avec son homosexualité et la société en générale (comme Daniel).
  • Madame Bovary de Claude Chabrol, si vous n’avez pas le temps de lire le roman et que vous voulez comprendre le personnage de »Margot » Roberval dans Wouf wouf.

D’autres suggestions à venir… et les vôtres sont les bienvenues !