Art visuel


Comme on le sait bien, la Révolution tranquille apporta son lot d’artistes délirants et de poètes disjonctés.  Ses figures poétiques et musicales les plus célèbres montrent bien que l’heure était alors à la libération des carcans traditionnels de la belle langue et de la musique bien-faite.  Peut-être en fait pour mieux retrouver le sens profond de ces genres, soit le cri de l’artiste face à ce qui l’entoure (tu n’es pas seul Daniel…).

Écoutez d’abord cet extrait vidéo d’un film de l’ONF sur Claude Gauvreau (il faut avoir Realplayer).  Je crois qu’il s’agit sutout d’un extrait de la célèbre Nuit de la Poésie du 27 mars 1970.

Ensuite, pourquoi pas un peu de l’incontournable Raoul Duguay ?  C’est si beau de le voir avec son kit d’anatomie…


«Allô» dans L’Infonie (1975?)

Puis allons-y donc avec de bons vieux clips de Robert Charlebois.  Même si on ne le voit pas chanter, je trouve que ça reste quand même dans l’ambiance Wouf Wouf.  Surtout le mélange ou le collage entre poésie/délire et réel/politique…


Robert Charlebois Tout écartillé (1969)


Robert Charlebois Québec Love (1969)

Peace.

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Le happening et la performance sont tous deux des genres artistiques hybrides et immédiats, qui utilisent différents médiums afin d’arriver à créer un moment unique où performeurs et spectateurs vivent une expérience commune.  C’est l’idée de décloisonner l’art et la vie en les fusionnant dans un moment éphémère.  C’est le « here and now ».

Le happening, héritier des manifestations artistiques de l’avant-garde du début du XXe siècle (merci chers Dadaïstes),  vient surtout des années 60 et a pour concept de rassembler des artistes de différents genres (peinture, sculpture, musique, poésie, danse, etc.) dans un même endroit et de les laisser s’exprimer sans entraves au milieu d’un public qui peut se déplacer librement.  En oeuvrant simultanément, les artistes se basaient sur l’écoute et les hasards pour créer une synergie (une fusion) entre eux.

Happening de type « action-painting » du Français Yves Klein en 1960:

Le happening selon les artistes Fluxus (un des premiers collectifs de happening)

L’histoire du happening est intimement liée au mouvement Fluxus, dont le but ultime était de supprimer toutes frontières entre Art et Vie. En intégrant le public à la performance artistique, les artistes Fluxus veulent supprimer l’idée d’un art qui se donne à voir et mettent plutôt en avant l’idée d’un art qui s’expérimente, se vit.

Les premières tentatives de happenings sont redevables notamment au compositeur John Cage et au chorégraphe Merce Cunningham.  Regardez ces premières fois aussi où l’on danse volontairement individuellement plutôt qu’en beau groupe uni :


De son côté, la performance peut faire écho à la performance sportive et au mot anglais a performance.  J’aurais tendance à la décrire comme une héritière des premières expériences de happening, ou du moins comme une heureuse bénificiaire de ces tentatives d’abolition des frontières artistiques.  Ses trois bases sont le corps, le temps et l’espace.  Dans la performance, l’art ne se donne pas à voir, mais il est.  Il n’est pas représentation, mais évènement.  Souvent, c’est un seul artiste qui se commettra devant un public, devenant à la fois le créateur de l’œuvre à venir et l’œuvre elle-même.  Quelques performeurs importants :

Marina Abromovic

Plus elle blanchissait ces os de vaches, plus elle tachait de rouge sa robe...

Plus elle blanchissait ces os de vaches, plus elle tachait de rouge sa robe...

Chris Burden

Connu à partir des années 70 entre autres grâce à sa performance «Shoot», où il se faisait tirer une balle de fusil dans le bras gauche…

Évidemment, il y a beaucoup plus de performeurs que ça… à vous de les découvrir !

Dans le fond, la performance prend la Vie telle quelle et la montre comme de l’Art… on est pas loin de la Fontaine « ready-made » de Duchamp !

Merci à Julie pour les belles trouvailles !

Louis-Philippe, Véronique et moi sommes allés voir durant l’été 2007 Hey Girl ! de la Societas Raffaelo Sanzio (Italie) dirigé surtout par Romeo Castellucci.  Loin des sentiers battus, ce spectacle ayant pour thème la féminité était aussi ébranlant qu’intense.  Du «théâtre» qui emprunte à la fois à la performance et à l’art visuel.  En sortant de la salle de spectacle, Louis-Philippe nous a confié qu’il faisait un rapprochement entre ce spectacle et son idée de mise en scène de Wouf Wouf, voulant que son spectacle devienne lui aussi une expérience sensorielle pour ceux qui y assisteront.  Cela a pu changer un peu depuis, mais je crois qu’il reste encore des choses à aller chercher de ce côté-là.  Voilà donc un extrait du spectacle :

À écouter avec les hauts-parleurs bien ouverts.  C’est essentiel !

Et pour ceux que ça intéressent, voici un extrait d’un spectacle de la même compagnie qui a été présenté au festival d’Avignon l’année passée.  Il s’agit de Inferno, d’après La Divine Comédie de Dante.

Voici les images que Véro a trouvé et qui lui ont donné de bonnes idées pour la scénographie de Wouf Wouf…

Pour avoir le nom des artistes qui ont fait ces belles œuvres,visitez le Masterblog.

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Si on jouait au jeu des étiquettes des genres artistiques, la pièce de Sauvageau serait-elle romantique, expressionniste ou post-moderne ?

C’est en lisant des extraits d’un petit livre (écrit par Stephen Little…) très intéressant que j’en suis venu à cette réflexion.  …ismes : Comprendre l’art passe en revue tous les genres majeurs des arts visuels, et constitue un très bon point de départ quand vous cherchez à raccrocher une oeuvre à un mouvement artistique ayant déjà existé.

J’ai d’abord eu un flash en repensant à la peinture du Romantique allemand Friedrich :

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Voyageur contemplant une mer de nuages, 1818

Les Romantiques, en rupture avec l’idée de leurs prédécesseurs (qu’ils appelèrent les « Classiques ») que l’Homme devait être raisonné et mesuré en toute chose, clamèrent qu’au contraire l’être humain (et plus fortement l’artiste) devait laisser ses émotions et ses passions le guider.  En poussant plus loin leurs revendications, ils pensaient que l’Homme et la Nature était reliés, et que les tourments de l’un se reflétaient dans l’aspect de l’autre.  Vous n’avez qu’à relire des extraits de Chateaubriand, où la météo est complètement chamboulée lorsque le personnage principal est troublé.  Ce rapport intime entre l’Homme et le Monde est aussi central dans Wouf wouf, même si la Nature est remplacée dans l’oeuvre de Sauvageau par la Société.

L’expressionnisme est, selon Little, « un courant que l’on peut faire remonter à Van Gogh, Edvard Munch et James Ensor.  C’est l’art du malaise et de la quête de vérité.  L’image est simplifiée, déformée, brutalisée ou abstraite.  Elle renvoie avec insistance à des modèles archaïques ou infantiles, en tout cas fortement régressifs.  Les thèmes traités sont, en revanche, intimement liés à l’actualité la plus directe, la finalité de cet art étant la dénonciation de la civilisation moderne et de la société bourgeoise ».  Assez proche de Wouf wouf, non ?  Vous n’avez qu’à aller feuilleter les gros livres d’art dans les bibliothèques pour revoir ces oeuvres, comme celles de Max Beckmann, Ernst Ludwig Kirchner ou Otto Dix.  Voilà de beaux exemples :

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Les sept péchés capitaux, Otto Dix, 1933

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Tranchée, Otto Dix, vers 1918

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La Nuit, Max Beckmann, 1918-1919

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Les Artilleurs, Ernst Ludwig Kirchner, 1915

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Combats – Agonies de l’amour, Kirchner, 1915

Tout ça c’est bien beau, mais dans le fond, Wouf wouf a été écrit en 1969.  C’est vrai, il y a peut-être des relents de romantisme ou d’expressionnisme, mais on ne peut pas éviter de parler du post-modernisme.  Avec ses personnages et ses référents issus de plusieurs sources (le Père Noël, Frankenstein, Hitler, House Old Finance – Wal – Mart, Rome, la tragédie, le vaudeville, le happening, l’Église, la télévision, le couvent, le cinéma, les élections, etc.), on est ici en plein dans l’intertextualité, où Grande et petite cultures se mélangent, où les frontières entre l’Individu et la Société s’effacent.  Dans Wouf wouf, sommes-nous dans la tête de Daniel ou en face de toute la société ?  Sûrement les deux à la fois.  Et finalement, avec ce défilement intarissable de personnages et de clins d’œil à l’actualité, ça fait penser à nos bons vieux Simpsons, non ?

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P.S. Je vous conseille de jeter un coup d’oeil sur le blog All Things Beautiful pour avoir une panoplie d’oeuvres assez horrifiantes sur l’aliénation et la cruauté de nos villes et de nos politiques.  Si vous voulez avoir des idées des images mentales que peut avoir Daniel de sa société dans ses pires accès de folie…

« L’artiste dans la société »… on dirait presque un  titre de cours uqamien…

Daniel (tout comme Yves) n’est pas bien avec la société qui l’environne.  Il se bat contre cette pieuvre qui l’empêtre dans ses élans créatifs, existentiels et amoureux.

Depuis des décennies (voir des siècles), des artistes révoltés se manifestent et s’expriment grâce au street art.  Presque toujours illégaux et subversifs, ils sont entre le graffiti et le musée.  Ils ouvrent des portes sur l’imaginaire pour les passants qui tous les jours mettent l’épaule à a roue afin de faire fonctionner la Machine.  Comme des miroirs déformants, ils sont le reflet de leur subjectivité par rapport à la collectivité.  Et ça fait des belles choses…

Vous voulez d’autres photos ?  Voici un lien vers Yum’s stuff, un autre blog.

Il y a aussi de beau sites Internet sur les graffitis et le «street art» dans des villes comme Montréal, Barcelone, Sao Paulo et New York pour ne nommer que celles-là.   Par exemple, il y a ce beau Don Quichotte que l’on peut voir sur un mur de Montréal ou sur le site www.bombingscience.com (section Street Art) :

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Il y a aussi sur le Net des sites de photos de graffitis du monde entier comme www.artcrimes.com.

Yo !