février 2009


Julie m’a confié qu’elle s’influençait de Marie Chouinard pour ses chorégraphies dans Wouf Wouf, notamment en ce qui a trait à la posture distordue des corps.  Amis comédiens, je vous donne ici quelques extraits de spectacles histoire d’avoir des images en tête lorsque vous aurez à vous exécuter sur scène…

Comme on le sait bien, la Révolution tranquille apporta son lot d’artistes délirants et de poètes disjonctés.  Ses figures poétiques et musicales les plus célèbres montrent bien que l’heure était alors à la libération des carcans traditionnels de la belle langue et de la musique bien-faite.  Peut-être en fait pour mieux retrouver le sens profond de ces genres, soit le cri de l’artiste face à ce qui l’entoure (tu n’es pas seul Daniel…).

Écoutez d’abord cet extrait vidéo d’un film de l’ONF sur Claude Gauvreau (il faut avoir Realplayer).  Je crois qu’il s’agit sutout d’un extrait de la célèbre Nuit de la Poésie du 27 mars 1970.

Ensuite, pourquoi pas un peu de l’incontournable Raoul Duguay ?  C’est si beau de le voir avec son kit d’anatomie…


«Allô» dans L’Infonie (1975?)

Puis allons-y donc avec de bons vieux clips de Robert Charlebois.  Même si on ne le voit pas chanter, je trouve que ça reste quand même dans l’ambiance Wouf Wouf.  Surtout le mélange ou le collage entre poésie/délire et réel/politique…


Robert Charlebois Tout écartillé (1969)


Robert Charlebois Québec Love (1969)

Peace.

Parce que ce fut un point tournant dans l’histoire récente du théâtre mondial…

Parce que c’est dans l’esprit de ce qui a amené Sauvageau à écrire Wouf Wouf

Parce que je ne pensais jamais tomber sur une aussi belle captation vidéo de ce spectacle sur Youtube…

Voici un extrait de Paradise Now, la célèbre pièce qui a propulsé le Living Theater dans la polémique et l’Histoire :

Paradise Now, s’il faut le rappeler, a créé toute une polémique lorsque le Living Theater a voulu la jouer au Festival d’Avignon en 1968, ce que les autorités de la ville leur ont interdit à la dernière minute pour «indécence».  Suscitant une vive réaction parmi les jeunes et les artistes revendicateurs, la pièce, qui voulait créer une communion entre les spectateurs et les acteurs, a finalement été jouée illégalement dans les rues de la ville.

Voici la déclaration du « Living Theatre » dite « Déclaration d’Avignon » :

« Nous quittons le festival, parce-que le temps est venu pour nous de commencer enfin à refuser de servir ceux qui veulent que la connaissance et le pouvoir de l’art appartiennent seulement à ceux qui peuvent payer, ceux-là mêmes qui souhaitent maintenir le peuple dans l’obscurité, qui travaillent pour que le pouvoir reste aux élites, qui souhaitent contrôler la vie de l’artiste et celle des autres hommes. Pour nous aussi la lutte continue. »

Vive 68 !

Le happening et la performance sont tous deux des genres artistiques hybrides et immédiats, qui utilisent différents médiums afin d’arriver à créer un moment unique où performeurs et spectateurs vivent une expérience commune.  C’est l’idée de décloisonner l’art et la vie en les fusionnant dans un moment éphémère.  C’est le « here and now ».

Le happening, héritier des manifestations artistiques de l’avant-garde du début du XXe siècle (merci chers Dadaïstes),  vient surtout des années 60 et a pour concept de rassembler des artistes de différents genres (peinture, sculpture, musique, poésie, danse, etc.) dans un même endroit et de les laisser s’exprimer sans entraves au milieu d’un public qui peut se déplacer librement.  En oeuvrant simultanément, les artistes se basaient sur l’écoute et les hasards pour créer une synergie (une fusion) entre eux.

Happening de type « action-painting » du Français Yves Klein en 1960:

Le happening selon les artistes Fluxus (un des premiers collectifs de happening)

L’histoire du happening est intimement liée au mouvement Fluxus, dont le but ultime était de supprimer toutes frontières entre Art et Vie. En intégrant le public à la performance artistique, les artistes Fluxus veulent supprimer l’idée d’un art qui se donne à voir et mettent plutôt en avant l’idée d’un art qui s’expérimente, se vit.

Les premières tentatives de happenings sont redevables notamment au compositeur John Cage et au chorégraphe Merce Cunningham.  Regardez ces premières fois aussi où l’on danse volontairement individuellement plutôt qu’en beau groupe uni :


De son côté, la performance peut faire écho à la performance sportive et au mot anglais a performance.  J’aurais tendance à la décrire comme une héritière des premières expériences de happening, ou du moins comme une heureuse bénificiaire de ces tentatives d’abolition des frontières artistiques.  Ses trois bases sont le corps, le temps et l’espace.  Dans la performance, l’art ne se donne pas à voir, mais il est.  Il n’est pas représentation, mais évènement.  Souvent, c’est un seul artiste qui se commettra devant un public, devenant à la fois le créateur de l’œuvre à venir et l’œuvre elle-même.  Quelques performeurs importants :

Marina Abromovic

Plus elle blanchissait ces os de vaches, plus elle tachait de rouge sa robe...

Plus elle blanchissait ces os de vaches, plus elle tachait de rouge sa robe...

Chris Burden

Connu à partir des années 70 entre autres grâce à sa performance «Shoot», où il se faisait tirer une balle de fusil dans le bras gauche…

Évidemment, il y a beaucoup plus de performeurs que ça… à vous de les découvrir !

Dans le fond, la performance prend la Vie telle quelle et la montre comme de l’Art… on est pas loin de la Fontaine « ready-made » de Duchamp !

Merci à Julie pour les belles trouvailles !