Si on jouait au jeu des étiquettes des genres artistiques, la pièce de Sauvageau serait-elle romantique, expressionniste ou post-moderne ?

C’est en lisant des extraits d’un petit livre (écrit par Stephen Little…) très intéressant que j’en suis venu à cette réflexion.  …ismes : Comprendre l’art passe en revue tous les genres majeurs des arts visuels, et constitue un très bon point de départ quand vous cherchez à raccrocher une oeuvre à un mouvement artistique ayant déjà existé.

J’ai d’abord eu un flash en repensant à la peinture du Romantique allemand Friedrich :

friederich-der-wanderer1

Voyageur contemplant une mer de nuages, 1818

Les Romantiques, en rupture avec l’idée de leurs prédécesseurs (qu’ils appelèrent les « Classiques ») que l’Homme devait être raisonné et mesuré en toute chose, clamèrent qu’au contraire l’être humain (et plus fortement l’artiste) devait laisser ses émotions et ses passions le guider.  En poussant plus loin leurs revendications, ils pensaient que l’Homme et la Nature était reliés, et que les tourments de l’un se reflétaient dans l’aspect de l’autre.  Vous n’avez qu’à relire des extraits de Chateaubriand, où la météo est complètement chamboulée lorsque le personnage principal est troublé.  Ce rapport intime entre l’Homme et le Monde est aussi central dans Wouf wouf, même si la Nature est remplacée dans l’oeuvre de Sauvageau par la Société.

L’expressionnisme est, selon Little, « un courant que l’on peut faire remonter à Van Gogh, Edvard Munch et James Ensor.  C’est l’art du malaise et de la quête de vérité.  L’image est simplifiée, déformée, brutalisée ou abstraite.  Elle renvoie avec insistance à des modèles archaïques ou infantiles, en tout cas fortement régressifs.  Les thèmes traités sont, en revanche, intimement liés à l’actualité la plus directe, la finalité de cet art étant la dénonciation de la civilisation moderne et de la société bourgeoise ».  Assez proche de Wouf wouf, non ?  Vous n’avez qu’à aller feuilleter les gros livres d’art dans les bibliothèques pour revoir ces oeuvres, comme celles de Max Beckmann, Ernst Ludwig Kirchner ou Otto Dix.  Voilà de beaux exemples :

otto-dix-sept-peches-capitaux2

Les sept péchés capitaux, Otto Dix, 1933

otto-dix-tranchee2

Tranchée, Otto Dix, vers 1918

max-beckmann-the-night1

La Nuit, Max Beckmann, 1918-1919

kirchner-artilleurs1

Les Artilleurs, Ernst Ludwig Kirchner, 1915

kirchner-combats1

Combats – Agonies de l’amour, Kirchner, 1915

Tout ça c’est bien beau, mais dans le fond, Wouf wouf a été écrit en 1969.  C’est vrai, il y a peut-être des relents de romantisme ou d’expressionnisme, mais on ne peut pas éviter de parler du post-modernisme.  Avec ses personnages et ses référents issus de plusieurs sources (le Père Noël, Frankenstein, Hitler, House Old Finance – Wal – Mart, Rome, la tragédie, le vaudeville, le happening, l’Église, la télévision, le couvent, le cinéma, les élections, etc.), on est ici en plein dans l’intertextualité, où Grande et petite cultures se mélangent, où les frontières entre l’Individu et la Société s’effacent.  Dans Wouf wouf, sommes-nous dans la tête de Daniel ou en face de toute la société ?  Sûrement les deux à la fois.  Et finalement, avec ce défilement intarissable de personnages et de clins d’œil à l’actualité, ça fait penser à nos bons vieux Simpsons, non ?

simpsons-1-1280a1

P.S. Je vous conseille de jeter un coup d’oeil sur le blog All Things Beautiful pour avoir une panoplie d’oeuvres assez horrifiantes sur l’aliénation et la cruauté de nos villes et de nos politiques.  Si vous voulez avoir des idées des images mentales que peut avoir Daniel de sa société dans ses pires accès de folie…

Publicités